Introduction aux énigmes

QUESTIONS ET ÉNIGMES LEXICALES ET GRAMMATICALES

       Afin de faciliter la tâche de l’utilisateur, la matière de la partie pratique de ce site est répartie en douze catégories, numérotées en chiffres romains ; elles correspondent, pour les questions portant sur des phrases courtes, à diverses sortes d’erreurs, signalées par le titre de la rubrique dans laquelle elles figurent, ainsi que, lorsque c’est nécessaire, par l’une ou l’autre des abréviations suivantes : (L.), si l’erreur est de caractère lexical, (G.) si elle est de caractère grammatical et (S.), si elle est de caractère syntaxique (construction fautive), la syntaxe étant l’étude des relations s’établissant entre les mots dans la phrase, en particulier celle des rapports régissant les diverses propositions composant la phrase complexe.

Dans certains cas, la nature de la ou des fautes sera davantage précisée : (a.) désignera un anglicisme, (b.) un barbarisme, (o.u. ou o.g.) une faute d’orthographe d’usage ou d’orthographe grammaticale, (p.) un pataquès, (s.) un solécisme, (sens) : une erreur de sens : un faux sens, un contresens ou un non-sens, (t.) une faute de nature typographique, ponctuation comprise. A noter qu’un même exemple peut contenir plusieurs types d’erreurs ! C’est d’ailleurs souvent le cas, en particulier quand la phrase est un peu longue et, bien sûr, dans les lettres administratives ou commerciales, ainsi que dans d’autres extraits d’une certaine étendue.

Quant aux exemples, tous rigoureusement authentiques – pour le plus grand malheur de la langue française ! – ils ont été expurgés de tout élément relatif aux sources (mentionnées de manière sommaire) et à l’auteur de la phrase ou du texte incriminés (anonymat). C’est ainsi que (j.) désignera un journal, (r.), une revue, (l.), une lettre, (l.c.), une lettre circulaire, (c.r.l), un compte rendu de livre, (b., b.éd.), un bulletin quelconque, un bulletin d’éditeur, (pr.) un programme de spectacle ou de concert, (pub.) un texte publicitaire, (ouvr.), un ouvrage en général [livre]. Enfin, ils peuvent avoir été légèrement modifiés pour des raisons d’intelligibilité, lorsque des coupures y ont été pratiquées.           

QUESTIONS ET ÉNIGMES LEXICALES ET GRAMMATICALES 

       Répartie en douze catégories ou rubriques, la matière de la partie pratique de ce site se présente comme suit :

I, II, III : questions et énigmes lexicales (L.), grammaticales (G.) et syntaxiques (S.) ;

IV : galimatias, amphigouri, clichés, enflure verbale, faux bon style ;  

V : fragments de textes plus ou moins étendus contenant toutes sortes d’erreurs ;

VI : jargon commercial ou administratif de dépliants publicitaires ou de lettres mal écrites ;

VII : grammaticalité et orthographe : florilège de dictées ;

VIII : Corrigés raisonnés (ou explicatifs) : explications grammaticales de certaines fautes des rubriques précédentes (I-VI) ;

IX : analyse grammaticale de divers termes d’un texte ;

X : florilège de textes relatifs à la langue française ;

XI : le mot ou la locution de la quinzaine ;

XII : le coin du puriste.

            La mise en service de ces rubriques se fera sur une durée de trois mois, à partir du dimanche 4 août à 0h00

      Dès le début, les utilisateurs pourront travailler sur les premières questions des rubriques I & II ; les suivantes, soit les rubriques III à XII, apparaîtront de manière échelonnée à raison d’une par semaine. Quant aux notices explicatives de la rubrique VIII, elles apparaîtront  quand il y sera renvoyé (v. ci-dessous).

       Les corrigés, c’est-à-dire les réponses aux questions des rubriques I-VII, ainsi que de la rubrique IX, figureront dans leur catégorie, avant les nouvelles questions. Remplaçant les questions et énigmes correspondantes, ils apparaîtront automatiquement, selon une périodicité fixée d’avance et indiquée ci-après. Certaines fautes corrigées pourront être suivies d’une brève explication intitulée commentaire.

Quand des explications supplémentaires sont nécessaires, elles figurent dans la rubrique VIII, à laquelle on renvoie par un signe idoine : Þ VIII, suivi d’une barre oblique puis, selon la catégorie, du chiffre romain correspondant et d’une des initiales L., G., ou S. Exemple : Þ VIII / I (L). Outre ces corrigés explicatifs, on pourra y trouver des éléments complémentaires et des remarques grammaticales plus ou moins développées.

La périodicité de ces rubriques est la suivante :

a)      Rythme hebdomadaire : les rubriques n°s I, II, & VIII, si besoin est ;

b)      Rythme bimensuel : les rubriques n°s III, IV, V, XI ;

c)      Rythme mensuel : les rubriques n°s VI, VII, IX, X & XII.

Nombre de questions proposées par rubrique :

a)      Pour les rubriques I & II : 3 exemples par semaine.

b)      Pour les rubriques III, IV, V, XI (rythme bimensuel) : 1 exemple par quinzaine.

c)      Pour les rubriquesVI, VII, IX, X & XII  (rythme mensuel) : une lettre, une dictée, un texte d’analyse grammaticale,      un texte sur la langue française et un cas de purisme par mois.

       N.B. Les exercices mensuels étant relativement longs et surtout difficiles, le rythme bimensuel des exercices des rubriques IV et V sera interrompu les jours de parution de ceux-là, afin de ne pas alourdir le programme de travail des utilisateurs du site. Selon les cas, ils pourront être renvoyés d’une ou de plusieurs semaines. 

ULTIME PRÉCISION  

LES UTILISATEURS SONT INSTAMMENT PRIÉS DE NE PAS ENVOYER A L’ADMINISTRATEUR DU SITE LEURS RÉPONSES AUX QUESTIONS NI D’EXERCICES A CORRIGER

        Toutes les questions et énigmes et tous les exercices seront suivis de leurs corrigés, qui apparaîtront conformément à la périodicité présentée ci-dessus ; ils seront souvent assortis d’explications plus ou moins développées. Seules des questions jugées pertinentes – posées dans l’un des deux “menus” prévus à cet effet (appréciations ou commentaires / s.o.s grammatical) pourront éventuellement faire l’objet d’une réponse adressée personnellement, à moins qu’elles soient reprises dans l’impromptu grammatical, ce qui est le plus vraisemblable. Cette IIe partie du site est donc destiné aux autodidactes désireux d’enrichir leurs connaissances de la langue française.

 

LES ÉNIGMES

       Le grand mage de Babylone proposa d’abord cette question : « Quelle est de toutes les choses du monde la plus longue et la plus courte, la plus prompte et la plus lente, la plus divisible et la plus étendue, la plus négligée et la plus regrettée, sans qui rien ne se peut faire, qui dévore tout ce qui est petit, et qui vivifie tout ce qui est grand ? » ( …) Les uns dirent que le mot de l’énigme était la fortune, d’autres la terre, d’autres la lumière. Zadig dit que c’était le temps. « Rien n’est plus long, ajouta-t-il, puisqu’il est la mesure de l’éternité ; rien n’est plus court, puisqu’il manque à tous nos projets ; rien n’est plus lent pour qui attend ; rien de plus rapide pour qui jouit ; il s’étend jusqu’à l’infini en grand ; il se divise jusque dans l’infini en petit ; tous les hommes le négligent, tous en regrettent la perte ; rien ne se fait sans lui ; il fait oublier tout ce qui est indigne de la postériorité, et il immortalise les grandes choses.» L’assemblée convint que Zadig avait raison. On demanda ensuite : « Quelle est la chose qu’on reçoit sans remercier, dont on jouit sans savoir comment, qu’on donne aux autres quand on ne sait où l’on en est, et qu’on perd sans s’en apercevoir ? » Chacun dit son mot. Zadig devina seul que c’était la vie.

Voltaire, Zadig ou la DestinéeHistoire orientale

Du substantif grec neutre αίνιγμα / aínigma, qui signifie parole obscure ou équivoque, le terme français d’énigme désigne une chose naturelle qu’il s’agit de deviner, souvent dans le cadre d’un jeu, à l’aide d’une description ou d’une définition des qualités qui sont les siennes, formulée à dessein en termes métaphoriques obscurs ou ambigus. Il s’appliquera ici à des questions d’une certaine difficulté, portant sur des phrases dont le sens est obscurci par les fautes qui les altèrent. Quant au mot de l’énigme, soit la réponse à la question, ce sera le terme correct devant être substitué à chaque tournure fautive.

PRÉSENTATION DES DIVERSES RUBRIQUES 

I)     QUESTIONS ET ÉNIGMES LEXICALES (L.)

            Cette rubrique soumet à la sagacité des utilisateurs de ce site des phrases péchant par des erreurs portant sur des mots ou des locutions (vocabulaire) : fautes d’orthographe d’usage, confusions de sens et impropriétés de termes.

 

II)      QUESTIONS ET ÉNIGMES GRAMMATICALES (G.)

            Cette rubrique propose des phrases ou de brefs fragments contenant des erreurs de nature grammaticale : fautes d’orthographe de règles (accords en genre ou en nombre), barbarismes, solécismes, anglicismes, etc. (cf. la 1re partie de ce site, où ces termes sont définis et illustrés d’exemples).

A propos des questions d’accord en genre notamment, il faut noter qu’en présence d’une lettre uniquement signée à la main, où le nom de l’expéditeur n’est précédé que de l’initiale de son prénom, et donc dépourvue d’indications relatives à sa personne et à son sexe, il est souvent impossible de savoir si le scripteur est un homme ou une femme. Sans parler du cas des prénoms aussi bien masculins que féminins, tels que Dominique, Claude, etc. Se posent alors au destinataire, désireux de répondre à son correspondant, des questions d’orthographe, d’accords notamment, même dans une réponse à envoyer à une adresse électronique : les règles du savoir-vivre et de la politesse française pâtissent de l’absence de ces éléments personnels. Sans parler du fait que la correction la plus élémentaire exige en français – mais le sait-on seulement ? – l’emploi de madame, ou de monsieur avec une formule de salutation telle que bonjour, bonsoir, chère Madame, cher Monsieur, etc.

A ce propos, on rappellera deux choses concernant le libellé d’une adresse sur une enveloppe, ainsi que l’emploi ou non du patronyme :

          a)      Il est incorrect, et donc impoli, de ne pas faire précéder le prénom et le nom de l’indication Monsieur, Madame, Mademoiselle, comme on le constate de plus en plus souvent de nos jours ;

          b)      Il est tout aussi incorrect de désigner le destinataire par son nom suivi de son prénom, c.à-d. dans l’ordre officiellement adopté dans un registre ou un répertoire ! Sur une enveloppe on écrira donc : Monsieur Paul Dupont, Madame Marie Berthier, Madame M. Berthier ou Mme Marie Berthier, M. Paul Dupont ou Monsieur P. Dupont, mais non °M. P. Dupont, ni °Mme M. Berthier (deux abréviations successives).

          c)      Enfin, il est contraire aux règles françaises du savoir-vivre de faire suivre, aussi bien oralement que par écrit d’ailleurs, monsieur ou madame du nom de famille de la personne en question. Cette habitude de l’allemand, de l’anglais et d’autres langues, qui se répand dangereusement de nos jours, est à juste titre considérée par le bon usage français comme impolie, car indiscrète ! Il est donc temps de le rappeler à ceux qui croient, et ils sont nombreux, que c’est là une marque de déférence ! C’est ce que rappelle son beau-père, monsieur de Sotenville,  à George Dandin, un paysan enrichi et parvenu, héros de la comédie du même nom de Molière, :

G. Dandin. ― Puisqu’il faut donc parler catégoriquement, je vous dirai, Monsieur de Sotenville, que j’ai lieu de…

Monsieur de Sotenville. ― Doucement, mon gendre. Apprenez qu’il n’est pas respectueux d’appeler les gens par leur nom, et qu’à ceux qui sont au-dessus de nous il faut dire « Monsieur » tout court.

G. Dandin. ― Eh bien ! Monsieur tout court, et non plus Monsieur de Sotenville, j’ai à vous dire que…

 

III)     QUESTIONS ET ÉNIGMES SYNTAXIQUES (S.)

            Du grec σύνταξις / syntaxis, composé du substantif τάξις / taxis, qui veut dire mise en ordre, arrangement, disposition et de la préposition σύν / sun (syn), équivalent de la préposition latine cum, signifiant avec, la syntaxe a pour objet d’étude les relations s’établissant entre les mots dans la phrase, l’ordre de ceux-ci, les accords orthographiques, les régimes direct ou indirect (emploi des prépositions), ainsi que les rapports régissant les diverses propositions composant la phrase complexe.*

Les phrases fautives reproduites dans cette rubrique contiennent toutes des erreurs altérant des rapports grammaticaux. Du fait que ces dernières relèvent de la syntaxe, quelques exemples pourront être d’une certaine longueur.

* Déjà dans la Rhétorique d’Aristote, soit au IVe s. av. J.-C., le terme de syntaxis a les sens de composition, ouvrage, traité ; il prendra celui de construction grammaticale, que nous lui connaissons encore aujourd’hui, à partir du Ier siècle de notre ère.

 

IV)      GALIMATIAS, AMPHIGOURI, CLICHÉS,

           ENFLURE VERBALE, FAUX BON STYLE

                                                                                                                                                                  Le principal péril que nous courions aujourd’hui,

                                                                                                                                                                  c’est de ne pas  écrire assez clair, assez  simple.

A. Thérive

 

Vaste catégorie que celle du galimatias, de l’enflure verbale et des clichés, qui, malgré d’innombrables mises en gardes réitérées depuis des décennies*, ne cesse de prendre de l’embonpoint, alimentée qu’elle par les produits de l’imagination intarissable des amateurs de faux bon style, désireux de se distinguer par tous les moyens. C’est que la culture générale, malgré la disgrâce et l’ostracisme acharné dont elle est l’objet depuis quelques décennies, conserve un certain prestige, ne serait-ce que pour faire bonne figure dans les salons où l’on cause et dans les réceptions mondaines.

* Bibliographie succincte : R. Georgin,  l’’Inflation du style, Paris, Les éditions sociales françaises, 1963 ; de R. Le Bidois, Les Mots trompeurs ou le délire verbal, Hachette, 1970 ; enfin L’Hexagonal tel qu’on le parle, ouvrage célèbre de R. Beauvais, paru en 1970. Cf. aussi de J.-J. Richard, Manuel de stylistique française, pp. 56, n. 1, 199ss. et l’exercice 52, pp. 215s. La notion de cliché y est particulièrement étudiée aux pages 195-202, 206, 211, 217, 233s.

A propos du terme de galimatias, dont l’origine est obscure et controversée, on notera que le sens en a quelque peu varié au cours du temps. Si aujourd’hui ce terme désigne un discours, un écrit confus, embrouillé et inintelligible (Pt Rob., s.v.) – il est donc synonyme d’amphigouri et de charabia, voire de pathos – il s’appliquait autrefois à un style redondant et boursouflé. Dans son Socrate chrétien (10e discours), Guez de Balzac (1595-1654) écrit ceci : Rien n’est si voisin du haut style que le galimatias (cité par Littré).

En voici un exemple emprunté à un article de la Vie littéraire d’Anatole France, concernant le premier volume de la correspondance de Gustave Flaubert. A propos d’une lettre du solitaire de Croisset, datée du 26 août 1846, le prix Nobel de littérature de 1921 écrit ceci : « Pourtant il fit d’abord de belles lettres ; il s’appliqua si bien qu’il atteignit au galimatias… Et de citer cet extrait :

“ J’ai fait nettement pour mon usage deux parts dans le monde et dans moi : d’un côté l’élément externe, que je désire varié, multicolore, harmonique, immense, et dont je n’accepte rien que le spectacle d’en jouir ; de l’autre, l’élément interne, que je concentre afin de le rendre plus dense et dans lequel je laisse pénétrer, à pleines effluves, les purs rayons de l’esprit par la fenêtre ouverte de l’intelligence.”

Si les adeptes du galimatias d’aujourd’hui écrivaient comme cela, leurs productions auraient au moins le mérite de l’intelligibilité…

Le titre de cette rubrique étant suffisamment explicite, on ne peut en imaginer meilleure illustration que les exemples qui vont suivre. A cette catégorie, extensible à l’infini, on rattachera le langage désintégré, la phrase disloquée, fruits d’une pensée déstructurée, comme l’illustrent les quelques échantillons suivants :

Cassis origine France. — Entrée prix-libre (j.)

— Dans un papillon [et non un °flyer cf. 1re partie : anglicismes] publicitaire :       Rejoignez nos pages idées cadeaux, en pages (sic) 8 & 9.

— Dans une circulaire d’un service public : les majuscules injustifiées ont sans doute pour but d’alourdir ce titre ronflant… X., Responsable Clientèle Universelle (etc.)

Point commun à ces quelques exemples : l’absence de toute préposition, notamment de, dite préposition universelle du français, tant ses emplois sont nombreux et variés.

            Ou encore ces deux phrases accompagnant un rappel de facture, dont la seconde, pour faire bonne mesure, contient une anacoluthe (cf. 1re partie) :

          Vous trouverez sur le devant de la présente (sic) la liste des factures dont l’échéance est dépassée. Vos factures étant toujours réglées ponctuellement, nous pensons qu’il s’agit d’un oubli et vous invitons à acquitter cette somme dans les 7 jours.

          Corrigé : Vous trouverez au recto de la présente la liste des factures échues. Celles-ci étant toujours payées ponctuellement, il doit s’agir d’un oubli que nous vous prions de bien vouloir réparer dans les huit jours.

Ou bien : … Comme vous les acquittez toujours ponctuellement, nous pensons qu’il doit s’agir d’un oubli,….

            Zone euro. L’octroi de prêts par la BNS à l’UE via un véhicule supervisé par le FMI est en discussion (j.)

On souhaite bonne route audit véhicule !

           Substantif latin signifiant la route, la voie, via est devenu un préposition en français, très proche par le sens de la préposition par. En bonne langue via ne s’emploie qu’avec un nom de lieu (toponyme) par lequel passe un trajet ou un itinéraire : aller de Genève à Patras (Grèce) via Venise. On observe actuellement une extension parfaitement injustifiée de cet emploi sanctionné par l’usage : la République est la seule capable de créer les conditions de l’égalité politique °via la liberté civile… Quant à la signification absconse et néologique de véhicule dans cet exemple emblématique du langage d’aujourd’hui (par l’abus des sigles notamment), on ne voit guère le rapport qu’elle peut avoir avec le sens premier, didactique de ce terme d’origine latine (vehiculum, i, n.) dérivé du verbe vehere, –o, qui signifie porter, transporter… Mais qu’importe ! Tels sont les usages du galimatias moderne des soi-disant experts.

 

V)      FRAGMENTS DE TEXTES PLUS OU MOINS ÉTENDUS

CONTENANT TOUTES SORTES D’ERREURS

 

Dans cette rubrique figureront des fragments plus ou moins longs de textes mal écrits, déparés qu’ils sont par diverses sortes de fautes de langue, ou parce que le style en lourd ou maladroit. Parmi ces lourdeurs ou maladresses, l’accumulation mal maîtrisées de pronoms relatifs figure en bonne place. Sans être fautive en soi, cette forme d’expression qu’est l’abus des propositions relatives peut vite devenir embarrassée, comme dans cette phrase tirée d’un petit livre de piété :

En commençant l’Evangile de Marc ou Jean-Marc, fils de la pieuse Marie, qu’il écrivit probablement à Rome sous l’influence de l’apôtre Pierre, dont nous aurions ainsi en quelque sorte l’Evangile, celui qu’il prêchait, il est bon de rencontrer une personnalité aussi grande que celle de Jean-Baptiste dont la grandeur a consisté surtout dans son extraordinaire humilité. (4 pronoms relatifs !)

C’est que l’emploi des pronoms relatifs, qui introduisent des propositions subordonnées dites relatives, est le moyen le plus simple de relier à l’idée principale un nouvel élément, de caractère secondaire, qui, de ce fait, ne peut lui être coordonnée. En effet, la force conjoignante, comme l’appellent les Le Bidois dans le 1er vol. de leur Syntaxe du français moderne (§ 496), des conjonctifs (pronoms relatifs) « dépasse de beaucoup celle, par exemple, de la conjonction et », unissant les éléments de la phrase « d’une manière que l’on pourrait qualifier d’organique. » Si l’on y recourt facilement, on oublie cependant que l’infinie variété et la complexité de leurs emplois, d’une part, l’abus de ceux-ci, d’autre part, donnent vite lieu à des phrases lourdes, à la syntaxe embarrassée, comme dans l’exemple ci-dessus.  C’est la raison pour laquelle de grands écrivains évitent le plus possible les pronoms relatifs ; ainsi Gustave Flaubert, qui privilégie pour des raisons stylistiques l’emploi du participe présent (cf. par exemple les premières pages de Madame Bovary), tandis que d’autres maîtres du style y recourent avec un art consommé : le critique Ferdinand Brunetière ou le pamphlétaire et helléniste Paul-Louis Courier, pour ne citer que ces deux auteurs. Mais la grande époque des pronoms relatifs, si l’on peut s’exprimer ainsi, reste les XVIe  et XVIIe siècles, les écrivains de la Renaissance et du classicisme étant tout pétris de syntaxe latine.

On peut donc améliorer comme suit le style de notre exemple, qui, de surcroît, commence par une anacoluthe (cf. 1re partie) : le sujet du gérondif, en effet, n’est pas l’évangéliste Marc, mais le lecteur – sous-entendu dans la forme impersonnelle il est bon de rencontrer – à qui s’adresse l’auteur du petit ouvrage d’où est tirée cette phrase :

En commençant la lecture de l’Evangile de Marc – également connu sous le nom de  Jean-Marc – que le fils de la pieuse Marie écrivit probablement à Rome sous l’influence de l’apôtre Pierre, dont nous aurions ainsi, en quelque sorte, la Bonne Nouvelle* qu’il prêchait – il est bon de rencontrer une aussi grande personnalité que celle de Jean-Baptiste, dont la grandeur a surtout consisté dans son extraordinaire humilité.

Reste encore la répétition du pronom relatif dont, qui peut gêner un lecteur sensible…

Pour la supprimer, il faudrait passablement remanier la fin de la phrase : Jean-Baptiste, [le dernier prophète de l’Ancien Testament], révéré (aimé) pour son extraordinaire humilité.  

Rappel : évangile vient d’un mot grec signifiant la bonne nouvelle (ευαγγέλιον).

 

VI)    JARGON COMMERCIAL OU ADMINISTRATIF DE

DÉPLIANTS PUBLICITAIRES ET DE LETTRES MAL ÉCRITES

Mines inépuisables de tournures emberlificotées, abstruses ou prétentieuses, de clichés et d’impropriétés de termes, le jargon commercial et la langue administrative fourmillent d’exemples à ne pas imiter, raison pour laquelle ils illustrent au-delà de toute attente ce que l’on pourrait appeler l’instinct grégaire en matière de langue.

Avant d’entrer dans le vif du sujet de cette rubrique, consacrée principalement à divers types de lettres, on rappellera la mise en garde contre le faux sens de  °courrier, qui, en dépit d’un mauvais usage des plus répandus de nos jours, n’est pas synonyme de lettre (cf. 1re partie : les impropriétés de termes). On se rappellera en outre qu’une lettre est un texte et qu’en tant que tel, elle doit être conforme, en matière de présentation typographique, à certaines règles générales, dont celle de l’unité constitutive de tout texte, nous voulons parler du paragraphe, ou alinéa.

Du latin paragraphus, -i, f., qui signifie paragraphe, soit la marque permettant de distinguer les différentes parties d’un exposé, ce substantif d’origine grecque est tiré de l’adjectif féminin παράγραφος / paragraphos déterminant le nom de γραμμή / grammè, soit la ligne, figurée par le signe ―, qui marquait dans la tragédie classique ou la comédie ancienne les diverses parties du chœur ou de la parabase se correspondant. Il dérive du verbe παραγράφω / paragrapho, signifiant écrire en marge. Pour compléter la famille, mentionnons encore le substantif féminin παραγραφή / paragraphè, qui, entre autres sens, désigne une annotation marginale ou, chez Aristote, un signe de ponctuation annonçant la fin d’un développement ; dès les premiers siècles de notre ère, il prend par extension le sens de paragraphe.

En vertu de la règle préconisant une idée par paragraphe, un paragraphe par idée, un texte bien construit est formé de quelques paragraphes, dont le premier sert d’introduction et le dernier, de conclusion. Ceux-ci ne seront ni trop longs ni trop courts, afin non seulement d’en faciliter la lecture et de permettre au lecteur, ou au destinataire de la lettre, de bien saisir les enchaînements logiques du développement, mais encore de conférer à la page un aspect harmonieux et équilibré sur le plan esthétique. Pour bien nous faire comprendre, nous citerons ici un extrait de l’introduction générale d’un ouvrage déjà ancien mais remarquable : la Dissertation littéraire générale de A. Chassang et Ch. Senninger, paru à la librairie Hachette en 1955.

« Il est bon d’assurer à l’ensemble du travail un équilibre presque sensible à la vue, et nous avons assez souvent constaté que les meilleures copies étaient les plus harmonieuses à regarder, jusque dans la disposition architecturale des masses. A ce propos, il est tout à fait indiqué de sauter une ligne entre l’exorde et la première partie, entre les diverses parties du développement, entre la dernière partie et la conclusion. C’est un fâcheux excès de zèle que de sauter cette ligne ailleurs (c’est nous qui soulignons), et de même qu’il est indispensable de distinguer nettement les paragraphes à l’intérieur des parties, il n’est pas usuel de le faire au cours d’une introduction et d’une conclusion. En tout cas, que les étudiants se persuadent bien que rien n’est plus contraire à l’esprit de la dissertation et à toutes les lois que nous en avons dégagées que ces copies qui sont de véritables dentelles d’alinéas ou inversement, ces pavés massifs et énormes où rien ne vient soulager l’effort du lecteur pour savoir si, oui ou non, on en a fini avec tel ou tel développement. » (p. 16)

De véritables dentelles d’alinéas ! Tel est l’aspect de la plupart des lettres que l’on reçoit aujourd’hui ! La notion même de paragraphe en est tout simplement absente !  Composées de phrases n’excédant guère deux ou trois lignes, ces missives n’ont plus rien d’un texte suivi, les scripteurs allant systématiquement à la ligne à la fin de chaque phrase. Et, comme si cela ne suffisait pas, ils en accroissent encore le caractère décousu en sautant une ligne entre chacun de ces alinéas ! On peut penser que la raison de cette présentation est de faire illusion quant à la longueur véritable du contenu – si telle est la raison, il n’est pourtant pas compliqué d’user de certains artifices tels que descendre de deux ou trois centimètres le début de l’en-tête et aérer plus que de coutume les différentes parties de celui-ci pour étirer autant que possible un contenu sommaire. Mais quand la lettre fait deux pages, la question du remplissage ne se pose pas ! Alors, à quoi cela tient-il ? Nous n’avons pas réussi à le savoir. Le fait est que cette mise en page est d’autant plus irritante qu’elle est parfaitement injustifiée. Dans les exemples proposés dans cette rubrique, nous avons fidèlement reproduit ce type de présentation horripilante.

Formant un tout organisé, un texte, et a fortiori une lettre, peuvent, s’ils sont d’une certaine longueur, se subdiviser en plusieurs parties interdépendantes, elles-mêmes composées de paragraphes ; on veillera alors à la qualité des transitions reliant les parties entre elles, sous forme de courts alinéas d’une ou deux phrases récapitulant discrètement ce qui précède et annonçant ce qui suit (rapport de cause à effet ou vice versa). Bien qu’entre les paragraphes on ne ménage pas de transition, la langue soignée recourt néanmoins aux termes de liaison, qui, tout en en soulignant les rapports logiques, permettent de bien les relier entre eux. (Sur les termes de liaison, cf. 1re partie).

Dernière remarque : en typographie soignée, chaque alinéa ou paragraphe commence par un retrait, dit aussi renfoncement (facile à programmer sur la règle de l’écran d’ordinateur) et tout le texte est justifié à droite. Cela en facilite la lecture, permettant d’en repérer d’emblée les paragraphes, surtout si certains se terminent au bout de la ligne.

N.B. Les mystères de l’informatique et des traitements de texte étant ce qu’ils sont, c’est-à-dire impénétrables pour le commun des mortels, dont l’administrateur de ce site, il ne nous a pas été possible de respecter rigoureusement ces règles typographiques, en dépit de  tous nos efforts, obstinés et réitérés ! …

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