L’orthographe française

 

L’ORTHOGRAPHE FRANÇAISE

       Datant de 1529, le terme français d’orthographe désigne la « manière correcte d’écrire un mot » ; il a supplanté la forme ancienne orthographie, tirée au XIIIe siècle du latin orthographia, lequel transcrit le terme du grec  tardif ΟΡΘΟΓΡΑΦΙΑ (orthographia). On disait donc orthographie, comme on dit encore calligraphie, épigraphie, paléographie, photographie, etc.). C’est entre le XIe et le XIIIe siècle que l’écriture du français se fixe en partie ; relativement homogène à cette époque, malgré l’existence de certaines variantes, elle notait la plupart des sons prononcés, suivant en général les transformations des diphtongues et des triphtongues. Elle était donc quasi phonétique, puisque les lettres qui ne se prononçaient pas ne s’écrivaient pas non plus ! Heureux temps que cette lointaine époque !…

« L’orthographe est <donc> l’art d’écrire les mots d’une langue de la manière considérée comme la seule correcte. Outre qu’elle impose l’emploi exact des lettres par lesquelles l’usage figure chaque mot, elle règle l’emploi de certains signes auxiliaires – accents, point, cédille, tréma – et l’emploi du trait d’union et des majuscules.

On distingue l’orthographe d’usage ou absolue et l’orthographe de règle, ou orthographe grammaticale, dite aussi orthographe d’accord.

L’orthographe d’usage  a pour objet les mots pris en eux-mêmes, tels que les donne le dictionnaire, sans égard à leur rôle dans le discours. Elle s’acquiert, dans une certaine mesure, par la connaissance de l’étymologie, mais elle relève avant tout de l’esprit d’observation : mémoire visuelle, mémoire auditive, mémoire musculaire concourent à graver dans l’esprit l’image de chaque vocable. Tel restera incurablement ignorant de l’orthographe aussi longtemps qu’il n’aura pas appris à observer la figure des mots.

L’orthographe de règle ou orthographe d’accord applique les règle relatives aux modifications grammaticales des mots ; elle suppose la connaissance des rapports existant entre les mots dans le discours.

L’orthographe actuelle est dite étymologique : elle ne représente pas la prononciation d’aujourd’hui ; elle peint plutôt celle du XI e, du XII e et du XIII e siècle. L’orthographe est dite phonétique quand elle se fonde sur la prononciation et représente les sons tels qu’on les entend, et rien que ceux-là. » (Maurice Grevisse, Le Bon usage[1]

Contrairement à ce qui se passe en Espagne, où l’Académie espagnole dote le castillan, entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, d’un système d’écriture économique et rationnel adapté à la phonétique de cette langue, l’orthographe française, fixée pour la première fois par l’édition de 1694 du dictionnaire de l’Académie française, à l’instar de l’orthographe anglaise, sera victime d’un double principe, phonétique et visuel. L’image que donne de la graphie française ce dictionnaire est conservatrice et stabilisée. Bien que l’auguste Compagnie eût unifié nombre de variantes qui s’étaient multipliées au cours du XVIe siècle, elle n’en consacra pas moins les écarts dans l’écriture et la prononciation, conservant une grande partie des ajouts de lettres décoratives ou parasites qui encombraient la notation des mots – ajouts fondés souvent sur des rapprochements étymologiques erronés comme le g de legs, par exemple, prononcé [lε], que l’on a rattaché au verbe léguer, alors que ce mot, correctement orthographié lais jusqu’au milieu du XVe siècle, dérive du verbe laisser. Or, « une orthographe fixée crée une image graphique obsédante qui (…) finit par obscurcir les autres modes de réalisation du mot. »[2] Quant aux accents, « introduits trop tardivement, alors que les scribes avaient déjà marqué l’ouverture ou la fermeture des voyelles par des procédés empiriques, ils ne sont pas venus remplacer ces artifices : ils les ont simplement doublés. »[3]

La prononciation de lettres adventices, dite prononciation orthographique, phénomène qui prend des proportions inquiétantes en français moderne, n’est qu’une des conséquences fâcheuses des difficultés de l’orthographe française. C’est ainsi que l’on entend de plus en plus, dans les médias notamment, prononcer des consonnes finales qui, conformément au génie de la langue française, ne doivent pas se prononcer. En bonne langue, en effet, une consonne finale ne se prononce, en principe, que si elle est suivie d’un e muet, ce qui est le cas de nombre d’adjectifs au féminin : petit, petite, premier, première, long, longue, etc. En revanche, il faut éviter de prononcer : Chamoni-x, le stan-d, cin-q francs (la lettre q ne se prononçant que devant une voyelle : cinq ans), ou de prononcer la syllabe initiale d’oignon comme oie ; oignon se prononce comme s’il était écrit « ognon ».

Nouvelles graphies officielles 

       Le 6 décembre 1990 paraissaient dans le Journal officiel de la République française (documents administratifs) les rectifications orthographiques préconisées par le Conseil supérieur de la langue française et approuvées à l’unanimité par l’Académie française le 3 mai 1990, laquelle spécifie qu’« aucune des deux graphies ne peut être tenue pour fautive ». (Dictionnaire de l’Académie, 9e édition, 1993). Ces rectifications concernent le trait d’union, le tréma et les accents, le pluriel des mots composés, l’accord d’un participe passé, ainsi que diverses anomalies. La liste complète des quelque 2000 termes touchés par cette réforme figure entre autres dans une brochure intitulée Les Rectifications de l’orthographe du français, éditée par l’Institut romand de recherches et de documentation pédagogique ; la 2e édition de cette brochure, datant d’août 2002, peut être demandée à l’adresse suivante : Institut romand de recherches et de documentation pédagogique,  Faubourg de l’Hôpital, 54   CH – 2000 – Neuchâtel.

       N.B. Alors que vingt et cent prennent un s quand ils terminent le numéral cardinal – deux cents, quatre-vingts, mais deux cent quatre-vingt-deux –, lorsqu’ils sont employés comme adjectifs numéraux ordinaux, ce qui est notamment le cas des dates, ils perdent cet s : la crise des années vingt, au cours des années quatre-vingt, dans les années douze cent (c.-à-d. 1200 !), page deux cent (deux centième), etc. Traditionnellement, lorsqu’il y a addition, on met le trait d’union entre les éléments qui sont l’un et l’autre inférieurs à cent, mais non unis par et, qui remplace le trait d’union : quatre-vingt-huit mille deux cent vingt et un francs. La réforme orthographique de 1990 simplifie la règle en systématisant le trait d’union dans les numéraux complexes : quarante-et-un, cent-sept, mille-cinquante, six-cents, cinq-mille, etc. : million et milliard étant des substantifs, ils ne sont pas touchés par la règle : trois millions quatre-cent-mille francs. A notre humble avis, encadrer la conjonction de coordination et  de deux traits d’union est superfétatoire (ou pléonastique)…

 


[1] 11e éd. p. 147, §§ 223-226.

[2] J. Chaurand, Histoire de la langue française. Paris, Que sais-je ? – Introduction à l’histoire du vocabulaire français, Paris, Bordas, 1977, p. 70.

[3] P. Burney, l’Orthographe, Paris, 1953, cité par la grammaire Larousse, p. 29.

 

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