Les termes de liaison

 Les termes de liaison 

       L’emploi judicieux des termes de liaison fait ressortir les articulations d’un texte, contribuant ainsi à la cohérence de l’exposé. Souligner par le terme adéquat les rapports logiques s’établissant d’une phrase à l’autre, d’un paragraphe à l’autre, permet non seulement de renforcer la cohésion d’un texte, mais encore d’en faciliter la compréhension. Si la rareté, voire l’absence de tels termes n’est pas quelque chose de répréhensible en soi, elle risque néanmoins de donner au texte un aspect quelque peu décousu. Divers manuels de français-langue étrangère (F.L.E.) regroupant pêle-mêle, sous l’appellation générale de connecteurs ou d’articulateurs, et sans la moindre distinction, un ensemble hétéroclite et disparate de termes appartenant aux différentes parties du discours, nous préférons l’appellation traditionnelle de termes de liaison pour sa clarté, la rigueur de sa classification et la facilité de choix et d’utilisation de ceux-ci.

Dans la liste ci-dessous, les termes de liaison (adverbes, locutions adverbiales, conjonctions et locutions conjonctives de coordination), sont classés en fonction des rapports logiques qu’ils indiquent. A noter que des termes proches par le sens (« synonymes ») ne sont pas interchangeables ! C’est le cas de cependant, pourtant, néanmoins, toutefois, pour ne citer que ceux-là, que distinguent de fines nuances (cf. les pages 316 à 324 du Manuel de stylistique française (cf. la bibliographie).

 

Voici, classés par catégories logiques, les termes de liaison proprement dits de la langue française :

1° union, liaison

Et, ni, puis, ensuite, aussi, bien plus, jusqu’à, comme, ainsi que, aussi bien que, de même que, non moins que, en outre, de plus, qui plus est, de/par surcroît.

2° cause

Car, en effet, effectivement, bien.

Exemple : Pardonne-lui, je l’ai bien fait ! [= puisque je l’ai fait : emploi idiomatique de bien]

3° insistance

Certes, assurément.

N.B. On évitera,  dans la langue écrite, d’employer bien sûr en tête de phrase.

4° transition

Or, or donc.

5° explication

C’est-à-dire, à savoir, savoir, soit.

6° alternative*

Ou, ou bien, ou … ou, et … et, soit … soit, soit … ou, ou …, ou au contraire, tantôt … tantôt, d’une part … d’autre part, non seulement … mais encore.

       *Contrairement au sens qu’il a en anglais – et qu’un usage abusif répand aujourd’hui – ce substantif français désigne une double possibilité, entre les termes (généralement opposés) de laquelle il faut opter. C’est ainsi que l’on dira : « J’hésite devant cette alternative, ne sachant pas laquelle des deux possibilités choisir. Il est vrai que la seconde éventualité me sourit beaucoup. » Il n’y a donc pas °deux alternatives (au sens de solutions par exemple), mais une alternative de deux possibilités. La célèbre phrase d’Hamlet « Etre ou ne pas être ! Telle est la question » est un exemple typique d’alternative. Le dictionnaire Larousse donne un bon exemple : Une grande nation n’a que cette seule alternative : conquérir ou civiliser. (E. Girardin)

Si l’on peut comprendre le glissement de sens, lié à l’étymologie latine (alter signifiant l’un des deux, l’autre), les termes de possibilité ou d’éventualité n’en sont pas moins préférables. Quant à la tournure °l’alternative à qqch. comme dans cet exemple : « l’alternative à la politique actuelle ne saurait être la formule collectiviste » (d’après R. Aron), elle est indéfendable ! C’est le contraire de, éventuelle­ment le contrepoids de, l’opposé de qu’il faut employer .

opposition, restriction

Mais, et, au contraire, mais au contraire, au demeurant, cependant, pourtant, toutefois, néanmoins, quoique, d’ailleurs, aussi bien (= d’ailleurs), au moins, au reste, du reste, du moins, en tout cas, en revanche, par contre, sinon, encore (en tête de phrase), seulement, tant [il] y a que, d’autre part, quoi qu’il en soit, à ce compte, ce qu’il y a de sûr, c’est que.

enchaînement, conséquence

Donc, aussi, partant, alors, ainsi, enfin, par conséquent, en conséquence, en conséquence de quoi, conséquemment, par suite, c’est pourquoi*, dans ces conditions.

*De préférence à et c’est pourquoi ! Cette locution conjonctive, de valeur conclusive, étant déjà d’une certaine lourdeur, il est inutile de la faire précéder de et, puisqu’elle met déjà fortement en relief la conclusion qu’elle introduit. 

      

       REMARQUE —  Dans les propositions commençant par certains adverbes ou certaines locutions, qui marquent pour la plupart la restriction ou l’opposition, le sujet est généralement inversé, se plaçant de préférence après le verbe ; c’est notamment le cas quand le sujet est un pronom personnel ou l’un des pronoms ce ou on. Ces termes sont : à peine, ainsi, aussi (dans le sens de c’est pourquoi), au moins, difficilement, du moins, [et] encore, mais encore (dans le sens de malgré cela), en vain, vainement, rarement, peut-être, plutôt, à plus forte raison, sans doute, toujours (dans le sens de en tout cas), aussi bien (dans le sens de d’ailleurs, en effet).

       Exemples : Il a une petite retraite, aussi doit-il faire attention à ses dépenses.Elle est de mauvaise humeur : ainsi serez-vous bien inspiré de ne pas la contrarier… Deux cent mille francs pour cette maison, ce n’est pas cher ; encore faut-il les avoir !

Si elle n’est pas toujours obligatoire, l’inversion du sujet est souvent une élégance qui confère à la phrase un aspect plus littéraire : A peine est-il levé est plus élégant que : A peine il est levé ! – Peut-être sera-t-il déjà là est plus élégant que la forme de la langue parlée : Peut-être qu’il sera déjà là. Toutefois, si l’on n’inverse pas le sujet, on fait généralement suivre l’adverbe ou la locution d’une virgule, fortement recommandée après aussi, aussi bien, ainsi : Aussi, je décidai de partir. A noter que la locution aussi bien, qui implique une idée d’égalité, sert à donner une justification supplémentaire ; le vrai sens en est tantôt en effet, tantôt d’ailleurs, au surplus, somme toute, tout compte fait.

Exemple : Vous avez le droit de vous retirer, puisque aussi bien vous n’avez pas encore parlé. (G. Sand)

       N.B.  On se gardera  d’associer systématiquement à une manière  d’élégance l’inversion du sujet, laquelle, ne l’oublions pas, contrevient à l’ordre  direct de notre langue (cf. à ce sujet la page de ce même site consacrée aux anglicismes, ad fin.). Pour un exposé plus circonstancié de l’inversion en français, du sujet en particulier, on se reportera aux pages 219 à 226 du Manuel de stylistique française mentionné ci-dessus, où l’on trouvera nombre de références à des ouvrages universitaires figurant dans la bibliographie spécialisée de ce site. On y découvrira en outre  divers cas d’inversions fautives et d’exemples de faux bon style.

 

     


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